Le Bèlè

Ce phénomène contemporain s’appuie essentiellement sur une référence à la culture des mornes martiniquais créée de 1860 à 1960 par les Nouveaux Libres issus de l’abolition de l’esclavage des noirs en 1848. Les Nouveaux Libres trouvent dans le paysannat un espace social susceptible de garantir la liberté effective grâce à l‘accès à la propriété foncière dans les mornes.

Le bèlè est un terme générique qui désigne à la fois : le genre musico-chorégraphique; l’instrument, le tambour bèlè; le contexte, la soirée bèlè et de manière générale, une façon d’être ensemble et des valeurs: solidarité, partage et résistance culturelle. Le bèlèsignifi “Bèl lè” (bel endroit, bon moment).
Le Bèlè s’élabore artistiquement à partir d’une sorte de « matrice » socio- musico- chorégraphique. Cette « Matrice » Bèlè intègre des principes structurants, Chantè, Répondè, Bwatè, Tanbou, Dansè, Lawonn, Kadans qui supportent des mécanismes de construction dont le principal est le principe d’inversion.
La «Matrice » Bèlè permet ainsi de créer des configurations du Bèlè en fonction du contexte social, historique et géographique.
Un chanteur mène la musique avec une voix qui porte, alors que se développe le dialogue entre les danseurs et le joueur de tambour. Le tambour est accompagné par un rythme ti-bwa donné par deux baguettes qui percutent la partie arrière du tambour.
Le bèlè est un ensemble de pas et de figures issues de l’Afrique, de l’Europe, du quadrille et de la haute taille1 venue d’Europe. Ils puisent leurs sources dans :
les religions,
les esclaves africains, la mannyè viv des indiens caraïbes,
le christianisme et les courants philosophiques introduits par les Européens, l’hindouisme amené par les Indiens,
le vécu quotidien du peuple martiniquais.
Au niveau de « la société Bélia » dans les hauteurs de Saint-Marie à Bezaudin. Les descendants des Marrons, les nouveaux libres créent une société nouvelles basée sur des valeurs telles que l’entraide, le don et contre-don.
Cette philosophie est traduite par l’expression artistique qu’est le bèlè, la forme en quadrille désignant le carré de terre qu’ils acquièrent pour une réelle liberté.
Les danses qui le caractérisent sont multiples, on peut distinguer :

le bèlè, danse la plus prisée lors des swaré bèlè et utilisée pour exprimer différents aspects de la vie avec différentes nuances (bèlè cho, bèlè dous, bèlè pitché) déterminés par le chant.
le gran bèlè, danse de la fécondité de la terre, avec souvent des chants mélancoliques ou dramatiques.
le bélia, qui traduit l’annonce d’une nouvelle ou un rappel au rassemblement.
le bouwo, simple en geste et en chorégraphie mais plus rarement exécutée du fait du temps qu’elle demande.
les danses la lin’klé, qui se pratiquaient principalement au clair de lune, traduisent les pratiques culturelles et religieuses des esclaves. On y retrouve la kalenda, le mabélo, le bénézwel, le ting-bang, le kanigwé, le woulé-mango. Danses traditionnelles de la Martinique, elles expriment la joie, la colère, la douleur.
Elle s’organise d’une certaine façon, d’abord l’entrée du chanteur (lavwa) et du chœur (lavwa dèyè ou les “répondè”). Puis le ” Ti-bwatè ” (joueur de ti bwa) donne le rythme, suivi par le tambour bèlè. Enfin, les danseurs et danseuses entrent en scène. Un dialogue se crée entre les danseurs et le « tanbouyè » (joueur de tambour). Les “répondè” donnent la réplique au chanteur, l’auditoire peut aussi participer. Telle une famille, tous ensemble chanteurs, danseurs, musiciens et public se laissent entraîner par ses rythmes envoutants. Les “swarés” débutent vers 20h et se terminent à 2h du matin.
Il dispose d’une très grande liberté dans le choix de la gestuelle et dans le jeu qui se développera entre partenaires. Mais il doit obéir à une exigence absolue :être au son (dans le temps). Le bon danseur est celui qui saura marier le geste et le jeu tout en étant au son du tambour.
Malgré le dénigrement, le bèlè a su résister à l’épreuve du temps et s’affirme de plus en plus comme un élément incontournable de l’identité martiniquaise. Recelant de grandes richesses et de grandes potentialités pour l’épanouissement communautaire et individuel, pratiquer le bèlè enseigne la patience, la rigueur, l’expression, la solidarité, la connaissance et la transmission du patrimoine culturel martiniquais.
Les 2 grands maîtres du Bèlè sont incontestablement, Ti Emile (Emile Casérus) et Ti Raoul (Raoul Grivalliers).
Voici une liste non exhaustive des grandes figures du Bèlè : Félix Casérus, Dulténor Casérus, Vava Grivalliers, Berthé Grivalliers, Clothaire Grivalliers, Féfé Marolany, Paul Rastocle, Benoit Rastocle, Carmélite Rastocle, Apollon Vallade, Félix Cébarec, Génius Cébarec dit Galfètè, Stéphane Cébarec, Boniface Cébarec, Saint-Ange Victoire, Robert Dessart, Cimeline Rangon, Espélisane Sainte-Rose, Sully Villageois, Dartagnan Laport (célèbre famille de fabricants de tambours).
Nouvelle génération : Eugène Mona, L’AM4, La Sosso et le groupe Wapa, Edmond Mondésir et son groupe Bèlènou, Victor Treffe, XTremjam, Bèlè Boumbap de Kali, Lassao, Sully Cally, Vwa bèl danm, Lébéloka, Bélya, Vaïty, Bèlè Légliz, Lèspri Danmyé…

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